dimanche 22 juillet 2012

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La femme qui vit de la tête est un épouvantable fléau. Elle réunira les défauts de la femme passionnée et de la femme aimante, sans en avoir les excuses. Elle est sans pitié, sans amour, sans vertu, sans sexe.

– Honoré de Balzac

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Parfois, j'ai envie d'insulter ces femmes qui vivent dans le monde rationnel, que dis-je, dans l'univers fermé autour duquel gravite des idées saugrenues autant que farfelues. Ce soir, je me permets enfin de l'écrire : haro sur la femme qui pense trop ! Balzac résume brillamment les défauts inhérents à cette machine à penser qui ignore qu'elle possède un corps et qui se fait même une vanité de l'oublier. Car la femme qui se targue de vivre en priorité dans son intériorité vit dans un véritable théâtre où elle est à la fois l'acteur, le spectateur et le farouche metteur en scène. Démultipliant son moi à l'infini, elle se contemple jour et nuit, change de personnalité au gré de son humeur instable comme une femme coquette qui se parerait en fonction du caprice des saisons, affectant toujours un air pensif, méditatif, et parfois même, afin de se vêtir d'une nature d'artiste, mélancolique à l'instar de ces jeunes gens qui, portés par le souffle de Werther, obéissaient à cette curieuse mode qui les conduisaient à tourner vers la réalité des yeux humides de larmes factices et des regards faussement plaintifs. Se trouvant contrainte à toujours paraître profonde, ces ouvrières de la pensée finissent par baver de vains monologues absurdes et dont le sens est par elles jalousement gardées comme ces divinités qui cachaient aux pauvres mortels les secrets de l'univers. Ces esprits subtils nagent dans un bonheur parcourru de vapeurs nébuleuses et spirituelles. Elles sont plus obscures que cohérentes et plus ridicules que nobles. 

Balzac, dans ses propos, est le pionnier de son sexe car son affirmation n'est pas aisément compris de tous. Après tout, une femme qui pense semble supérieure à la cocotte qui ne se préoccupe que de vains soucis ; a priori la singulière intelletcuelle vaut mieux que la femme ordinaire. Affirmer cela revient à négliger le charme des jeunes filles qui assument parfaitement leur féminité. La sagesse repose en l'être qui s'accepte et se connaît le mieux ; or qu'est-ce que la femme qui pense ? Un vulgaire pantin ou plus exactement un primate qui singe les actions des hommes. La femme qui pense, ou plutôt, pour être plus exact, celle qui fait mine de renfermer en elle tout un univers de richesses et une âme d'artiste, se ment à elle-même, se joue de sa feminité. De là vient que ces femmes, héritières de Simone de Beauvoir, sont en réalité des névrosées qui, pour montrer l'étendue de leur talent littéraire, se forcent, afin de se donner plus de crédibilité, à nier en elle toute féminité. Le corps est alors négligé ; il n'est plus un instrument de plaisir mais le symbole, pour ces détraquées, d'une médiocrité sous-jacente à leur être qu'elles se doivent de combattre farouchement. 

Cependant, cette gangrène de la pensée n'est plus le fardeau uniquement du beau sexe mais également de l'être humain en général. Depuis la fin du XIXème siècle, nous sommes face à un foisonnement d'auteurs qui ne jurent que par l'intellectualité. Marcel Aymé décrit, dans Le confort intellectuel, ce mal du siècle qui commence avec les romantiques et semble ne pas vouloir prendre fin. Mallarmé et Baudelaire se perdaient déjà dans les méandres d'une pensée confuse, mais ce sont les surréalistes qui ont sacré le droit à la pensée pure ; cette pensée envahit l'écriture ; elle n'est pas seulement omniprésente mais son besoin toujours plus grand d'abstraction et de profondeur la conduit à devenir absurde. Dans les romans, il n'y a plus de personnage, plus de récit ; dans la vie réelle, il n'y a plus de femmes qui savent se faire désirer, et tout pragmatisme est proscrit dans les conversations. Nous sommes dans un siècle où la pensée dépasse le corps dans un élan faussement idéaliste et ridiculusement hypocrite. L'homme ne peut pas fuir sa nature, il est un corps et une intelligence, il ne peut pas annihiler l'un au profit de l'autre sans tomber soit dans la stupide bestialité, soit dans le galimatias d'un intellectualisme abrutissant. Heureusment pour nous, les marmottes n'oublient point qu'elles ont aussi un coeur. 

Posté par Baschus à 23:34 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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